• Le peuple et sa langue

Fe’efe’e est le nom attribué aux communautés villageoises qui peuplent aujourd’hui le territoire administratif du Département du Haut-Nkam, Ouest Cameroun, dans sa grande majorité. Ce nom est aussi celui de la langue que ces communautés parlent sous toutes sortes de variantes locales caractérisées par une intercompréhension satisfaisante. Les langues environnantes du fe’efe’e sont : le mbo au Sud, le basaa au Sud-Est, le nda’nda’a au Nord-Est, le ghomala’a au Nord, le yémba au Nord-Ouest.

  • Le développement successif de l’alphabet

Le développement de l’écriture du fe’efe’e se situe en 1928 et il est au départ l’œuvre des missions chrétiennes catholiques soucieux d’évangéliser le peuple dans la langue dudit peuple, langue bien maîtrisée à l’oral, à travers la publication d’un catéchisme. L’intervention ultérieure des locuteurs et des chercheurs locaux va contribuer d’année en année à l’amélioration de l’écriture de la langue.

L’histoire de la réforme de cette langue décrite par Sadembouo E. et Beban Sammy Chumbow dans un journal scientifique (JWAL, 1991), révèle que l’écriture du fe’efe’e, à ce jour, est passée par quatre étapes : 1928, avec l’alphabet de P. Gontier, 1940 avec l’alphabet de Stole qui marque les tons, 1966 avec l’alphabet des langues bantu de la réunion de Bamako qui introduit des symboles phonétiques et 1979 avec l’avènement de l’alphabet général des langues camerounaises, référence pour toutes les langues nationales aujourd’hui. Cet alphabet préconise d’écrire les mots et les phrases en marquant les tons selon des règles orthographiques établies par les développeurs de la langue ; ce que les écrivains fe’efe’e n’ont pas encore tous adoptés.

  • La diffusion de l’écriture du fe’efe’e par l’alphabétisation

L’écriture du fe’efe’e est diffusée à travers les classes d’alphabétisation organisées par l’association Nufi, à travers les publications variées et à travers l’enseignement de la langue à l’école. En effet, les missionnaires ont eu à initier les fidèles à lire les chants et les ouvrages religieux qu’ils publiaient. La publication du Missel des fidèles en 1953 déclenche le mouvement « Nufi », cri d’émerveillement de ceux qui voient leur langue, de manière surprenante, être écrite et lue, c’est –à-dire, passer de l’oral à l’écrit, sous la houlette de l’équipe des abbés Tchamda F.M. et Tchuem. Ces derniers multiplient des classes d’alphabétisation et le journal Nufi-Nsienkengué commence à paraître en 1959 quand bon nombre de gens, au sein de la population fe’efe’e, savent déjà lire et écrire, en plus de parler naturellement leur langue.

Nufi, à partir de 1961, va orienter ses cours d’alphabétisation vers la délivrance d’un diplôme interne, équivalent au CEPE, le certificat de fin d’études primaires. Ce diplôme appelé le Ntumblu Kam Nufi va galvaniser la population analphabète à s’inscrire en masse aux cours d’initiation à la lecture/écriture du fe’efe’e. Un diplôme de 2ème niveau correspondant au BEPC approximativement commencera à être délivré en 1980, le Kam Sa’sam.

  • La diffusion de l’écriture du fe’efe’e par l’enseignement à l’école

Le diocèse de Nkongsamba, à travers son service de l’évangélisation et la direction diocésain de l’éducation va à son tour s’engager dans la diffusion de l’écriture et de la culture fe’efe’e, en introduisant l’enseignement du fe’efe’e et du duala dans ses établissements secondaires à partir de 1975, les 2 langues étant retenues comme les langues liturgiques locales du Diocèse. L’Université de Yaoundé, quelques années plus tard, (1981/1982), à travers son projet PROPELCA, va promouvoir l’enseignement du fe’efe’e au primaire d’abord puis au secondaire.

Les publications didactiques et d’alphabétisation fonctionnelle qui vont accompagner ces cours d’apprentissage du fe’efe’e chez les adultes analphabètes et chez les enfants et les jeunes dans les salles de classe vont contribuer à la diffusion de l’écriture standard du fe’efe’e. Malheureusement, l’on constate aujourd’hui que toutes ces activités bouillonnantes pour la pratique orale et écrite du fe’efe’e est en déclin. 

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